—C'est vrai, fit Meuzelin, j'avais oublié le gredin qui nous attend, tout ficelé, dans la cachette.
Et tous trois marchèrent vers l'issue dérobée.
VIII
À cette heure même de la nuit où Vasseur était en train de raconter à Meuzelin l'histoire tragique des amours de Suzanne et du malheureux vicomte de Biéleuze, on doit se souvenir que, détaché de son arbre par Suzanne sortant du souterrain, le Marcassin, après avoir étranglé les trois compagnons du Beau-François qui dormaient au lieu de le surveiller, avait regagné sa métairie avec la fausse comtesse de Méralec.
Sombre et tout rêveur, le chef des Chauffeurs avait écouté Suzanne lui
racontant par le menu la scène qui s'était passée entre elle et
Meuzelin, mais, comme précédemment, elle n'avait soufflé mot de
Gervaise.
—Prends garde, Coupe-et-Tranche, disait-elle, Meuzelin est un ennemi redoutable qui sait tout. Il a découvert l'assassinat de la comtesse dont j'avais pris la place. Il sait que c'est toi qui te caches sous le sobriquet de Coupe-et-Tranche… Prends garde, te dis-je!… À présent que je ne vais plus être là pour enjôler le général, cette lourde baderne va bien vite ne plus entendre que par le policier, qui se dépouillera de son personnage de comte de Méralec pour reprendre son nom de Meuzelin qu'il avait prêté à un autre.
—Il faut faire disparaître le mouchard, gronda Cardeuc en serrant ses énormes poings.
—Oui, mais comment? dit Suzanne.
À ce moment, le silence de la nuit fut troublé par le bruit, très lointain, d'un cri de chat-huant qui fit tendre l'oreille à Cardeuc.
—Il y a du nouveau en plaine, annonça-t-il en se levant pour gagner la porte.