—Tu as bien vu ce cavalier? demanda Coupe-et-Tranche.
—J'étais à la porte d'Ingrande quand il en est sorti, accompagné d'un officier, qui est rentré en ville après lui avoir indiqué sa route… Alors j'ai pris l'avance sur l'homme que j'ai laissé appelant le passeur du bac. Moi, j'ai traversé la Loire dans la barque du Grand-Boiteux.
—Quel est ce cavalier? demanda Cardeuc.
—J'ai comme une idée qu'il a affaire au général Labor qu'il comptait trouver à Ingrande. Alors on l'a mis sur la route du château de Brivière, où il va le rejoindre. Ce doit être un courrier, car son cheval n'en peut plus, dit Fend-l'Air.
Cardeuc se tourna vers Sans-Pouce.
—Prends quatre hommes et allez me cueillir ce cavalier à sa descente du bac. Vous l'amènerez ici, commanda-t-il.
Sans-Pouce partit avec Fend-l'Air.
—Vas-tu le faire tuer? demanda Suzanne au métayer quand ils furent seuls.
—Ça dépendra de lui, dit en souriant le chef. Cinq minutes après, la porte se rouvrait pour donner passage à un homme, les bras liés, qu'amenaient les bandits.
Le prisonnier, dans la lutte, avait perdu son chapeau, ce qui permettait de mieux juger de sa figure, un peu pâle mais empreinte d'une remarquable énergie.