Cinq minutes après, le vénérable patriarche rentrait avec l'enveloppe ouverte et le cachet intact, ayant déjà pris connaissance de la teneur de la lettre.

—Petite trouvaille, annonça-t-il en faisant une moue dédaigneuse. Ce message ne fait que confirmer au général Labor un premier ordre qui doit lui avoir été précédemment remis par l'agent Meuzelin.

Et, dépliant la lettre, le Notaire se mit à lire d'une voix posée:

«La présente est à seule fin de vous confirmer l'ordre, que doit vous avoir transmis notre agent Meuzelin, concernant le comte de Méralec, émigré rentrant qui vient rejoindre sa femme au château de la Brivière. Pour cause de suspicion, ledit comte sera gardé à vue en son château que vous ferez occuper militairement après l'avoir fait évacuer par son nombreux personnel, sauf quatre domestiques dont le choix sera laissé au comte et à la comtesse de Méralec.»

Puis suivaient d'autres instructions relatives aux besoins des troupes, de nulle importance pour Coupe-et-Tranche.

Suzanne avait écouté en souriant la première partie de la lettre.

—C'est bien cela, dit-elle. Ainsi qu'il s'en est vanté à moi cette nuit, Meuzelin, voulant jouer son rôle de comte de Méralec, a obtenu du ministre, à son passage à Paris, ces deux ordres qui préparaient le traquenard où, un instant, j'ai été prise.

Du moment que ce message, qui avait coûté la vie à son courrier, ne faisait que confirmer des ordres déjà connus par Labor, il n'était qu'une lettre morte entre les mains des Chauffeurs.

—Brûlez ce papier qui ne vaut rien pour nous, commanda Cardeuc au
Notaire.

Mais le patriarche agita vivement le doigt en s'écriant d'un ton presque scandalisé: