—Qui ne vaut rien, dites-vous! Quel blasphème! Un papier qui porte la signature du ministre, l'entête, les cachets et les timbres du ministère ne rien valoir!!! Où avez-vous rêvé cela?

—À quoi peut-il servir? demanda Cardeuc.

Le Notaire, on le sait, avait été condamné au bagne, d'où il s'était évadé, pour avoir altéré des actes publics. Il était donc expert pour répondre:

—En laissant subsister signature ministérielle, timbres et cachets, je puis si bien laver ce papier de son écriture qu'il n'en reste plus qu'une simple feuille blanche sur laquelle, à notre tour, nous pourrions écrire ce qui nous plairait.

—Tu ferais cela, Notaire? s'écria Coupe-et-Tranche, illuminé par une idée subite.

—Quand il vous plaira.

—Tout de suite.

—Bon! alors je retourne encore dans ma chambre où j'ai mes produits chimiques, annonça le beau vieillard dont la chambre, paraît-il, était un arsenal contenant tout ce qui concernait son métier.

Une joie sauvage éclairait les yeux du métayer quand, après le départ du
Notaire, il vint se camper en face de Suzanne pour lui demander:

—Avec ce papier blanchi, sais-tu, ma fille, ce que nous allons pouvoir faire?