—Oui. Cela date d'une histoire qui s'est passée, il y a deux ans, alors que j'étais encore notaire à Paris, à la suite du suicide d'un certain vicomte de Biéleuze.
—Biéleuze! répéta Suzanne en tressaillant au souvenir de son ancien amant.
Le vieillard se trompa sur le sens de l'intonation de la courtisane. Il attribua l'exclamation à une curiosité féminine.
—S'il vous plaît de savoir cette histoire, je vous la conterai au premier moment, dit-il à Suzanne.
Il revint à son écrit. Mais, bien décidément, il lui répugnait de tracer le nom de Croutot: car il demanda encore:
—Est-il prévenu de ce qu'il devra faire?
—Non; mais je vais lui faire dire de venir me parler.
Croutot, membre conseiller de la section de Beaupréau, bourgeois riche de la localité, était un si important personnage, que le Notaire ne put croire à l'obéissance que Cardeuc se vantait d'obtenir d'un tel gros bonnet.
—Oui, lâcha le vieillard incrédule; mais viendra-t-il?
—Rien qu'avec une seule phrase, je lui ferai mettre ses jambes à son cou, dit Cardeuc gaiement.