De plus en plus secouée par le frisson, la comtesse était pâle comme une morte et son regard, sombre et anxieux, s'attachait sur cette porte par laquelle un pressentiment lui disait qu'un danger redoutable allait entrer.

Enfin la porte s'ouvrit, et, sur son seuil, apparut un homme d'un embonpoint formidable. Après lui, entra Barnabé qui alla se placer derrière le général.

À la vue de l'arrivant, l'effroi de la veuve se détendit brusquement et un soupir de soulagement dégonfla sa poitrine oppressée.

Elle ne connaissait pas cet homme.

Mais son apaisement fut de courte durée. Sa terreur revint terrible, lui figeant le sang dans les veines, lui faisant froid dans les moelles.

Pourtant rien ne justifiait cette épouvante.

L'inconnu arrivait à elle, lentement, doucement ému, l'oeil plein de tendresse, un sourire de bonheur aux lèvres.

Quand il fut près d'elle, il lui prit brusquement la tête entre ses mains et la couvrit de baisers frénétiques en disant avec l'accent d'une joie immense:

—Clotilde! ma Clotilde bien-aimée!

Il fallait voir la mine archi-penaude du général à ce spectacle. Quoi? il convoitait cette jolie femme et un autre la lui embrassait devant le nez! Il n'y mettait pas de ménagements, cet embrasseur. Car, après la première série de baisers, il en entama une seconde aussi ardente, aussi passionnée, qu'il entrecoupait de ces mots prononcés d'une voix chaude d'amour: