—C'était sans doute un espion qui nous surveillait en attendant l'arrivée de Coupe-et-Tranche et des siens, avança Vasseur qui, pour savoir à quoi s'en tenir, envoya Lambert et Fichet inspecter les taillis.

Il s'ensuivit un silence pendant lequel le bâfreur, qui s'était laissé tomber sur une chaise après son coup de feu, formula, en geignant, l'angoisse qui l'agitait au sujet du mort ou du blessé.

—Si c'était le cuisinier du château!!!

Après un pareil malheur, Pitard frémissait de la crainte qu'on ne déjeunât pas!

Cependant Lambert et Fichet, la carabine au poing, avaient gagné le taillis, dans lequel ils entrèrent. Les trois compagnons attendirent, silencieux, à la fenêtre, le retour des soldats. Ceux-ci reparurent bientôt indiquant, par leurs gestes, qu'ils avaient, par prudence, renoncé à poursuivre leur recherche trop avant sous le couvert du bois, qui pouvait cacher de nombreux ennemis à l'affût.

Quand ils eurent rejoint les amis, Lambert annonça avoir trouvé, à l'endroit indiqué, des feuilles mortes maculées de sang; mais de blessé ou de mort, point.

À quoi Fichet ajouta:

—Que, sans dubitation, l'incognito il aurait été écorné assez amicalement par la balle pour qu'il saurait pu se substerfuger avec céléritude sans qu'il aurait sollicité son reste.

Il fallait promptement prendre un parti.

Sa parole de «comte de Méralec» de ne pas quitter le château, donnée au général, n'engageait guère Meuzelin. Mais, après être sorti du château, où irait-on, en plein jour, en rase campagne, et rien qu'à cinq… car Pitard ne pouvait compter. L'espion qu'on avait blessé devait avoir prévenu ses complices et en admettant que la bande reculât, suivant son habitude, devant une attaque en plein jour, les environs devaient être surveillés. Derrière chaque haie et chaque talus, il était à craindre que fussent embusqués des bandits dont le coup de fusil, un à un, les abattrait tous les cinq.