Quant à rester sur place et, à cinq, défendre l'immense château, il n'y fallait pas prétendre.

Le mieux était donc d'attendre la nuit dont l'obscurité faciliterait une évasion; mais l'attendre sur le qui-vive et en position de le défendre avec quelque succès si Coupe-et-Tranche se risquait à attaquer en plein jour.

Où trouveraient-ils ce poste, ou plutôt cette tanière, dans laquelle ils se tiendraient tapis jusqu'à la nuit? Ils allaient la chercher dans les communs du château, voire le pigeonnier dont la tour permettait au regard une surveillance circulaire. De là on pouvait faire feu autour de soi.

Le pigeonnier séduisait Fichet qui, pour appuyer le choix, fit cette observation:

—Que, sans compter l'occurrence où le siège qu'il s'allongerait, les pigeons ils nous viendraient dans les mâchoires à l'heure ous'que la faim elle obtempérerait à une satisfaction.

C'était vrai. On pouvait avoir a soutenir un siège qui se prolongerait et il fallait pourvoir aux vivres. Lambert et Fichet allaient donc visiter les offices du château et ils feraient rafle de tout ce qui pouvait se mettre sous la dent.

De tout ce conciliabule, tenu à voix basse, Pitard n'avait pas entendu un mot: il était trop douloureusement occupé à écouter les gémissements de son estomac, qui hurlait famine.

—Oui, pensons aux vivres, dit alors Meuzelin tout haut, en expédiant les deux gendarmes aux provisions.

À ces mots, Pitard se redressa, la figure rutilante de joie, et, toujours sous l'empire de son illusion, il s'écria:

—Enfin, on va passer dans la salle à manger!!!