À cette révélation, le soldat n'y alla pas en écolier timide. Tout bonnement, il se pencha sur ce visage qui lui souriait en rêve et il appliqua sa bouche aux grosses moustaches sur les lèvres qui venaient de trahir ce secret d'amour.
Sous le brasier brûlant, Suzanne se réveilla, vit ce visage qui frôlait le sien et, avant que l'embrasseur pût la retenir, elle lui glissa entre les mains avec la souplesse d'une couleuvre en poussant un cri de pudeur effarouchée et bondit dans un coin de la chambre.
—Où suis-je? bégaya-t-elle, encore sous le coup du sommeil, en réparant le désordre de son peignoir.
Le Notaire, à son trou, étranglait du rire qu'il lui fallait comprimer.
—Qu'y a-t-il donc? demanda le métayer.
—Voici la comédie qui commence. Comme les paroles vont succéder aux gestes, vous n'aurez qu'à prêter l'oreille, conseilla le patriarche.
—Où suis-je donc? répétait Suzanne.
Puis, en personne dont le cerveau vient de se dégager du dernier engourdissement du sommeil, elle poussa un cri de joie immense à la vue du général, dont l'air penaud rappelait celui du renard qui a manqué sa poule, et elle s'écria d'une voix heureuse:
—Ah! général! c'est le ciel qui vous envoie!
Elle avait vraiment l'air de n'avoir nulle conscience du baiser qu'elle avait reçu. Si le général devait la posséder, il fallait qu'il attendît que sonnât pour lui une autre heure du berger. Aucune apparence ne s'offrait qui lui permît de croire que, pour le moment, il renouerait l'entretien sur le thème si gentiment entamé, mais si brusquement interrompu.