Du reste, il l'aurait voulu que le temps lui aurait manqué; car celle qu'il prenait pour la comtesse de Méralec s'était hâtée de compléter son exclamation:
—Oui, c'est le ciel qui vous envoie pour me défendre.
—Vous défendre! Contre qui, madame la comtesse? demanda le général ébaubi.
—Ne vous étonnez-vous donc pas de me trouver sous cet humble toit? poursuivit Suzanne.
Étonné, oui, il l'avait été tout d'abord. Mais l'occasion, qui fait le larron, en lui offrant la belle dame endormie, lui avait fait rengaîner son étonnement pour penser à plus agréable façon d'employer le temps. Aussi, faute de mieux, son étonnement lui revint-il profond.
—C'est vrai! avoua-t-il, comment se fait-il que je vous rencontre en cette métairie quand je vous croyais au château de la Brivière où, il y a une heure au plus, M. de Méralec, que j'ai eu l'honneur de voir et d'interroger sur les suites de votre évanouissement d'hier, m'a affirmé que vous veniez de vous endormir après une longue nuit d'agitation?
Madame de Méralec leva au ciel ses beaux yeux et balbutia d'une voix effrayée:
—Oh! oui, elle a été longue et agitée, cette terrible nuit! Les minutes m'ont paru des siècles tant que j'ai été en présence de celui qui, en votre présence, est venu réclamer ses droits d'époux.
Labor n'alla pas chercher, sous cette phrase, midi à quatorze heures.
—Elle ne peut sentir son mari, pensa-t-il naïvement.