Après ces trois suicidés, quatorze notaires (sur les cent treize que possédait Paris), dûment convaincus de connivence coupable avec l'étranger, furent condamnés à mort.
Outre ces dix-sept membres morts, le notariat de Paris en compta bientôt soixante-quatre en prison, attendant une condamnation.
Sur les trente-deux restés libres, vingt-trois ne jouissaient que d'une liberté relative, car on leur avait adjoint ce qu'on appelait alors comiquement un ange gardien, c'est-à-dire un surveillant qui, jour et nuit, ne quittait pas le notaire, mangeait à sa table, couchait dans sa chambre, l'accompagnait à tous les actes qu'il allait passer en ville.
Donc, quatre-vingt-une études de notaire se trouvèrent sans leurs patrons, morts ou incarcérés.
Ce fut pour procéder à la liquidation de ces études que, sur la proposition d'un nommé Lachevardière, on eut l'idée de mettre ces études au concours.
Quelques clercs de notaire se présentèrent; mais une majorité de gens qui ne savaient pas le premier mot du métier composa la foule des candidats à ce concours, qui se tint, pendant quatre jours, au Palais de Justice.
Presque tous les concurrents furent élus.
Ce furent ces nouveaux notaires, ainsi fabriqués à la hâte, qu'on appela les notaires à trente sous, parce que, pour obtenir des études qui valaient cent cinquante ou deux cent mille livres, prix énorme pour l'époque, ils n'avaient eu à dépenser que les trente sous de la feuille de papier timbré sur laquelle ils avaient griffonné l'acte que le concours leur avait donné à rédiger pour prouver leur savoir-faire.
Après cet exposé rapide, fait en vue d'abréger le récit de Pitard, on peut fermer la parenthèse.
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