—Je vous propose un moyen, dit-il. Mon ange gardien doit même partager mes repas. Asseyez-vous aujourd'hui à ma table, citoyen Pitard. En dînant, vous causerez de Beaupréau.

Immédiatement je devinai le but que visaient les deux renards en me proposant de m'asseoir à la table du notaire. Ils voulaient me tenir à l'écart, loin de témoins importuns.

Évidemment ils me croyaient instruit de ce mystère qui concernait le nom de Biéleuze. En me voyant m'enquérir de l'adresse du fils de la comtesse, j'avais, sans savoir en quoi, éveillé leurs soupçons, et ils avaient l'espoir de me soutirer une révélation.

Comme vous le comprenez, leur curiosité irritait la mienne. Dans l'ignorance où je me trouvais, un mot, un fait, une question suffisait pour me mettre sur la trace, et je pouvais l'attendre de ces deux hommes qui, en voulant me faire parler, m'éclaireraient la voie que je cherchais.

Avec une joie que je me gardai bien de laisser voir, j'acceptai l'invitation du notaire.

—Je reviendrai donc à l'heure de votre dîner, dis-je à Taugencel, en me préparant, cette fois sérieusement, à quitter le cabinet.

—Je compte donc sur vous à cinq heures, appuya le notaire.

—À cinq heures, sur le point, je mettrai le pied dans l'étude, promis-je.

Mon dernier mot lui rappela une recommandation à me faire.

—Non, non, dit-il vivement, n'arrivez pas par l'étude qui, à cette heure, après le départ des clercs, sera fermée. Vous monterez par le petit escalier particulier qui dessert mon appartement.