Le représentant eut un mauvais rire en répondant:

—Toi, mon bout d'homme, j'ai la conviction que tu triches. On t'a mis près de Taugencel pour l'empêcher de chiper certain morceau dont il se régalerait volontiers et je suis persuadé qu'au lieu de lui dire: «Ne touche pas,» tu lui souffles: «Part à deux!»

Après avoir ainsi rivé le clou de chacun, le conventionnel se résuma en prononçant d'une voix sèche:

—Bref, vous jouez à vous faire couper le cou dans un mois.

Et, tout lentement, avec son même mauvais rire, il articula:

—Car je ne vous accorde plus qu'un mois pour dénicher les millions d'Aubert.

En plus de la frayeur que leur inspirait la parole du membre de la Convention qui m'avait l'air de ne pas plaisanter tous les jours, j'avais remarqué encore chez Taugencel et Croutot, à mon égard, une étrange appréhension. Chaque fois que le redoutable conventionnel avait pris la parole, tous deux m'avaient lancé un regard rapide et anxieux pour juger de mon attention, comme s'ils redoutaient que, de la bouche du représentant, sortît une phrase que je ne devais pas entendre.

Quand ce dernier parla des «millions d'Aubert», leurs yeux se tournèrent involontairement et tout brusquement vers moi, pleins d'une consternation rageuse.

Il était indubitable pour moi qu'ils eussent payé cher pour qu'il n'eût pas été question, en ma présence, des millions du prédécesseur de Taugencel.

Je ne bronchai pas. Quand le conventionnel avait parlé, j'étais en train de boire. J'achevai de vider mon verre que je reposai sur la table en faisant claquer ma langue sur mon palais, en homme qui vient d'être uniquement distrait par le plaisir de déguster un bon vin.