—Ça, c'est possible, accorda le conventionnel. Aubert était un malin. Prévoyant son sort, il a eu la même prudence que ceux de ses confrères qui, comme lui, ont passé sous le rasoir national. Il s'était avisé de confier son magot à un sous-détenteur.

Taugencel souleva une objection:

—Qui sait, dit-il, si Aubert, avant d'être arrêté, n'avait pas eu le moyen et le temps de faire sortir l'argent de France et de l'envoyer aux émigrés à qui il appartenait.

—Aubert n'a rien fait sortir de France. Il a tout remis à une personne de confiance, affirma le membre de la Convention, qui me sembla s'impatienter un peu des si et des mais de Taugencel.

Ce dernier avait beau protester de toutes ses forces, ce qu'il disait sonnait faux à mon oreille. J'avais la conviction, comme l'avait dit le représentant de la Convention, qu'il trichait. Certes oui, il était désolé de n'avoir pu dénicher les écus, mais c'était parce que, malgré le danger qu'il courait à jouer le coup, il les aurait tout bonnement gardés.

—J'en suis pour ce que j'ai dit, reprit-il, Aubert avait déjà fait sortir l'argent de France.

—Et moi je te soutiens qu'il y a un sous-détenteur.

—Rien ne le prouve.

—Si, une preuve existe. Aubert à été condamné pour connivence avec l'étranger à la suite d'une de ses correspondances qu'on a interceptée. Dans le paquet se trouvait une lettre adressée à certain duc de Valmois, contenant cette phrase: «J'ai pris mes précautions pour mettre tout hors de la portée de griffes trop rapaces. Si je ne suis plus là quand vous rentrerez en France, votre bien vous sera remis par la personne en qui j'ai mis ma confiance entière.» Voilà ce qu'avait écrit Aubert. C'est cette phrase, dont il a refusé l'explication, qui lui a valu l'échafaud. Quel est ce tiers? Où se trouve-t-il? En quel endroit a-t-il caché les millions? C'est ce que je te donne à avoir trouvé dans un mois.

Cela dit, le conventionnel fendit l'air du coupant de sa main, en ajoutant: