—Ah! à propos! la maman Faublin m'a chargé, Césarine, si je te rencontrais à Paris, de te dire de revenir au pays, et qu'elle te pardonnerait tout.
À ces mots, Césarine se redressa vivement, l'oeil en feu, la figure contractée et, en parlant de sa mère, elle répliqua, d'une voix haineuse:
—De quoi! de quoi! qu'est-ce qu'elle me pardonnera donc, la vieille sorcière? Est-ce de m'avoir rendue plus malheureuse que les pierres? À moi les taloches, les fatigues, la nourriture que nos cochons refusaient; tandis que pour l'autre, elle n'avait que risettes, bons morceaux et caresses…
Elle s'interrompit pour faire entendre un rire amer et strident, puis elle ajouta cette phrase inattendue:
—Était-ce de ma faute si elle avait fait le père Faublin cocu par-dessus la tête?
Ensuite, à titre d'explication, elle continua:
—Sitôt le père mort, elle a été chercher, où elle l'avait cachée, la fille qu'elle s'était fait faire par je ne sais qui et elle l'a amenée chez nous. Alors je n'ai plus été bonne à jeter aux chiens. Il n'y en a plus eu que pour la Julie… sa Julie… sa bâtarde! À elle les oeufs. À moi les coquilles! Un beau soir, j'ai eu assez de cette vie de récolteuse de claques et d'épluchures. J'ai décampé en la laissant avec sa Julie de malheur. Qu'elle la mijote à son aise, sa Julie.
Je ne saurais dire l'intonation de rancune féroce qui accentua la voix de Césarine, quand elle termina en montrant le poing:
—Qu'un beau jour je la tienne, cette poupée de Julie, et nous compterons ensemble.
Sur cette menace, elle nous quitta pour retourner à sa cuisine.