—Bigre! fis-je, elle semble avoir une rude dent contre sa soeur. Elle ne peut pardonner à la bâtarde d'être venue lui prendre sa place légitime.

—Euh! euh! fit Croutot en secouant la tête, bâtarde est bien vite dit. Moi, je ne crois pas que la mère Faublin en ait planté jamais à son mari. Le fait est qu'elle a attendu la mort de son homme pour amener Julie chez elle, mais il y a du pour et du contre, et je pense qu'il existe un dessous de cartes qui n'a jamais été bien étudié.

Si naturellement que m'eût répondu le nain, je devinai qu'il n'en voulait pas dire plus.

—Et puis, reprit-il, Césarine reviendrait chez la mère Faublin qu'elle n'aurait plus lieu d'être jalouse, attendu qu'elle ne retrouverait plus Julie. Elle a été prise en affection par une riche veuve du pays qui l'a demandée à la maman pour lui tenir compagnie. Si la petite sait lui plaire, la veuve lui fera un sort.

—Une veuve sans enfant?

—Non. Elle a un fils qui court la prétentaine et laisse sa mère dans une solitude qu'elle a voulu égayer en prenant Julie. Je le répète, la jeune fille trouvera une position en sachant bien s'y prendre avec la comtesse de Biéleuze.

—Biéleuze? répétai-je; il me semble avoir lu plusieurs fois ce nom quand j'ai visité les papiers de l'étude. La famille des Biéleuze doit avoir compté dans la clientèle de mon prédécesseur Aubert.

Quand vint le soir, il fallut, comme l'ordonnait le décret qui avait créé les anges gardiens, qu'on dressât un lit pour le mien dans ma chambre à coucher.

—Demain, nous recommencerons ensemble la visite des papiers de l'étude, m'annonça Croutot quand il eut la tête sur l'oreiller.

—Alors puissiez-vous réussir, lui répondis-je à demi-mot.