Son «Eh bien?» voulait demander si je m'étais aperçu qu'on eût ouvert mon bureau. Mais il comprit toute l'imprudence de son interrogation et il se hâta de compléter sa phrase en ajoutant:

—Eh bien? Par quoi commençons-nous la journée?

—Mais, d'abord, mon brave Croutot, par recevoir les clients qui attendent, répondis-je de mon ton le plus bonhomme.

Avant qu'il pût me poser une nouvelle question, je donnai le coup de sonnette par lequel, chaque matin, je prévenais mes clercs que j'étais visible pour les clients qui attendaient dans l'étude. Puis je lui indiquai près de moi, la place que, suivant son devoir d'ange gardien, il allait occuper pendant les consultations de ma clientèle…

Pour moi, il était avéré que Croutot m'avait volé mes clefs pour visiter mon bureau pendant la nuit. Mais qu'est-ce qu'il y avait trouvé et pris? Une autre question se dressait aussi dans mon esprit. Après sa fouille, quand le nain aurait dû remettre le trousseau dans la poche de mon gilet, comment se faisait-il qu'il m'avait été rapporté par Césarine!

Les clients se succédèrent dans mon cabinet, nombreux et bavards. Ce ne fut qu'au bout de longues heures que je me retrouvai en tête-à-tête avec le nain.

Alors je n'y pus tenir. Mon impatience, énervée par ces heures de contrainte, éclata sans préambules. Du reste, avec Croutot, tel que je le jugeais, il ne fallait pas mettre de mitaines. Comme, avant de le refermer, je jetais un dernier coup d'oeil sur les tablettes de mon bureau, l'avorton, mis en éveil par cette inspection, me demanda:

—Que cherchez-vous donc?

Je saisis la balle au bond en lui répliquant à brûle-pourpoint:

—Je cherche à deviner dans quel but vous êtes venu fouiller dans mon bureau cette nuit après m'avoir volé mon trousseau de clefs.