Tout en me parlant, elle avait reculé de quatre ou cinq pas dans la chambre et j'avais avancé d'autant, de sorte que j'avais dépassé la bougie, posée sur le somno, qui, à ce moment, m'éclairait le dos, envoyant mon ombre sur la muraille.

Tout à coup, au-dessus de ma silhouette, je vis se dresser une autre ombre gigantesque. Un homme de la plus haute taille avait surgi derrière moi.

Je n'eus pas le temps de faire volte-face. Un bras venait de se nouer autour de mon cou avec une telle vigueur que je fus presque suffoqué. Puis une énorme main, aussi large qu'une éclanche de mouton, emmanchée à un autre bras, vint me retirer le trousseau des doigts.

—Césarine, ouvre le placard, commanda une voix rauque.

Quand la Faublin eut obéi, je fus soulevé de terre tout aussi facilement qu'une plume, par ces deux mains terribles qui, en paralysant si bien mes mouvements qu'il m'était impossible de me retourner pour voir mon enleveur, me portèrent dans le placard, la face contre la muraille. Avant que je pusse tourner la tête, la porte s'était refermée, la serrure avait joué et je me trouvais claquemuré dans la plus complète obscurité.

De celui qui venait de me jouer ce mauvais tour, je ne connaissais que sa haute silhouette, vue sur la muraille, qui m'avait appris que c'était un géant.

Dans mon trou, j'entendis quelques chuchotements, puis la porte s'ouvrit et, si grand soin qu'il prît d'assourdir sa marche, il me fut facile de deviner que le géant s'éloignait.

—Il va se servir des clefs, me dis-je.

La Faublin était restée dans la chambre. Une petite toux me trahit sa présence.

Je frappai doucement à la porte en disant d'une voix suppliante: