Me réservant de n'allumer une bougie que quand je serais arrivé dans le cabinet, je suivais donc le couloir de dégagement sur la pointe du pied et en pleine obscurité, lorsque, en longeant une porte, je vis une lueur filtrer sous cette porte.
C'était la chambre de Césarine qui, cette lumière me le prouvait, ne dormait pas encore à cette heure avancée de la nuit.
Ma main, qui tâtait, rencontra la clef sur la serrure. À ce contact, le diable me tenta et je fis jouer la clef. Par malheur, j'opérai à contresens et je donnai le double tour. Il me fallut donc tourner à l'inverse. Ces deux mouvements n'avaient duré que vingt secondes, mais ils avaient évité une surprise à Césarine ou, pour mieux dire, à l'amant qu'elle avait reçu dans sa chambre.
Quand enfin je poussai la porte, la Faublin, qui s'était jetée à bas du lit, avait déjà fait trois pas à ma rencontre.
—Tiens, c'est toi, Bas-des-Reins? dit-elle à mi-voix. Est-ce que tu viens me demander quel vent souffle en Suisse?
Puis, aussitôt:
—Qu'as-tu donc à la main? demanda-t-elle, le regard subitement attiré par le reflet lumineux que la lueur de la bougie donnait à l'acier poli des clefs du trousseau que je tenais, un doigt passé dans l'anneau.
Un coup d'oeil lui suffit pour ne pas attendre ma réponse.
—Ah ça, reprît-elle, on dirait les clefs du patron. Et, en riant, elle débita:
—Est-ce que, parmi tes fonctions d'ange gardien, il en est une qui consiste à aller visiter la caisse du patron pendant qu'il ronfle?