Au nombre de ces lettres, s'en trouvait une pour une demoiselle Julie.
Rien qu'à la suscription, Croutot comprit que c'était Julie, la bâtarde de madame de Biéleuze, la Julie dont il était question sur le fragment de lettre trouvé dans le compartiment de mon bureau; bref, cette Julie qui était mêlée au mystère du trésor sur lequel, disait le papier, elle avait droit à une somme de trois cent mille francs.
Trompant la surveillance de celui qui avait ramassé M. de Biéleuze dans la rue et l'avait rapporté au logis, un homme à tournure militaire, Croutot vola adroitement la lettre adressée à Julie.
Une heure après le vicomte enterré, le nain se mit en route pour le château de la Brivière. Ce ne fut qu'à quelques lieues de Paris qu'il ouvrit la lettre, et de prime abord, sa lecture le fit capot.
Voici ce qu'elle contenait:
«Quand tu liras ces lignes, ma bonne Julie, je me serai tué. Un démon fatal a traversé ma vie, et tant que la passion folle qu'il m'avait inspiré m'a dominé, je n'avais pas conscience de mon infamie. À cette heure, qu'un honteux amour ne m'aveugle plus, je comprends que je ne puis plus vivre. Celui qui va mourir te supplie de lui pardonner son indigne conduite à ton égard, et de garder, au plus profond de ton âme, le secret qu'il t'a confié.»
Oui, l'avorton demeura grandement capot après avoir lu cette lettre, qui ne contenait aucun mot des fameux millions. Il la relut dix fois en y cherchant la petite bête et finit par demeurer en arrêt devant la dernière phrase du vicomte suppliant Julie de lui garder, au plus profond de son âme, le secret qu'il lui avait confié.
Quel était ce secret?
Et comme, d'habitude, on arrive à croire à la réalité de ce qu'on espère, Croutot en vint à se dire:
—Parbleu, il s'agit des millions d'Aubert. Madame de Biéleuze, la première dépositaire, avait chargé son fils de remettre plus tard leurs écus aux légitimes propriétaires revenus de l'émigration. Au moment de sauter le pas, mon vicomte a repassé la commission à Julie.