—Non, dit l'ex-notaire en riant. Même s'il avait eu la velléité d'assommer le myrmidon, le Beau-François n'aurait pu donner suite à son désir.
—Pourquoi? fit Suzanne.
—Parce que quand Croutot s'est rencontré ce matin avec le Beau-François dans le souterrain, il a trouvé le colosse solidement lié des quatre pattes, ni plus ni moins qu'un veau qu'on va mener à l'abattoir.
—Et, dans cet état, vous dites, Notaire, que le géant a joué un vilain tour à Croutot? insista la courtisane étonnée.
—La preuve en est qu'un quart d'heure plus tard, c'était le crapoussin qui était ligotté à la place du Beau-François. Une carotte de tabac n'aurait pas été mieux serrée en ses feuilles que l'était notre imbécile de Croutot, répondit Taugencel en riant de tout coeur.
—Mais, interrompit le Marcassin avec surprise, si la scène s'est passée en plein souterrain, comment se fait-il, Notaire, que vous la connaissiez?
—C'est le Beau-François lui-même qui me l'a contée, il y a quelques heures, un peu avant que cet animal de Labor vînt renverser nos quilles.
Cardeuc allait demander au Notaire comment il se faisait qu'il se fût rencontré avec le Beau-François, mais il n'en eut pas le temps car Taugencel poursuivit:
—Figurez-vous que le géant qui, cette nuit, avait pénétré dans le souterrain, s'était perdu si complètement dans ses méandres obscurs qu'il n'avait d'autre perspective que de mourir de faim. En cherchant à tâtons dans les ténèbres, il finit par trouver une issue, mais une issue qui débouchait dans l'intérieur du château, car il entendit, de l'autre côté de la porte, deux individus qui causaient. Quand je dis qu'ils causaient, erreur, attendu que l'un de ces individus faisait à l'autre un long récit. Ce n'était pas le vrai moment pour le colosse de forcer cette porte. Mieux valait attendre que ces hommes eussent quitté la chambre.
François patienta donc.