Si jamais le géant avait, de tout son coeur, fait les yeux doux, c'était bien en ce moment où, bâillonné à pleine bouche, le regard était son seul langage. Ce genre d'éloquence obtint succès complet, car le nabot, qui venait de reconnaître l'amant de la Césarine, se pencha à son oreille pour lui souffler:

—Je vais te retirer ton bâillon et nous causerons.

Un malin, ce Croutot. Le colosse débâillonné, n'en restait pas moins ficelé sur toutes les coutures, c'est-à-dire dans l'impossibilité de lui jouer quelque vilain tour.

Il avançait la main vers le bâillon quand il arrêta son mouvement au bruit des voix qui susurrait de l'autre côté de la porte. Soit que les causeurs eussent baissé le ton, soit qu'ils se fussent plus éloignés dans la chambre, leurs paroles n'arrivaient plus distinctes.

Ce voisinage si proche parut inquiéter le nabot qui sembla se demander s'il ne ferait pas mieux de détaler en abandonnant François. Mais la curiosité l'emporta sur la prudence. Il retira le bâillon, et, de sa voix la plus basse, il demanda:

—Quels sont ceux qui causent derrière cette porte?

Avoir la parole libre ne suffisait pas au géant qui voulait rentrer dans la pleine disposition de ses bras et jambes. Seulement, il ne fallait pas brusquer les choses pour ne point éveiller la méfiance du nain. L'habile était de l'amener à ce que, de lui-même, il dénouât les liens et le surhabile, principalement, était de n'en pas trop dire, de peur que l'avorton, au lieu de couper les cordes, n'eût la fantaisie de planter son couteau en pleine gorge de François, histoire de garder pour lui seul ce qui lui aurait été confié et de se débarrasser d'un témoin qui aurait pu attester ses promenades dans le souterrain.

Aussi le géant répondit-il:

—Ceux que tu entends sont mes ennemis et les tiens… surtout les tiens, mon excellent Croutot.

—Les miens? répéta le nain désagréablement étonné.