Pareille à la tigresse brusquement emprisonnée, la courtisane fit, avec de sourds cris de fureur, deux ou trois fois le tour de son cachot, cherchant, sur les murailles, une porte qui offrît une chance à sa fuite.

Enfin, elle s'arrêta devant Croutot et, avide de l'interroger, elle lui retira son bâillon.

Entre eux, les phrases s'échangèrent courtes et pressées. Il fallait s'entendre et surtout se comprendre vite; car la bougie laissée par les compagnons en partant touchait à sa fin. Dans une demi-heure au plus, arrivée à bout de mèche, elle les laisserait dans l'obscurité.

En cinquante mots, le nain eut tout dit: dix minutes auparavant, ils étaient là six hommes qui avaient disparu.—Par où?—Il l'ignorait. Le poivre l'avait aveuglé. À coup sûr, par une issue secrète que possédait ce caveau dans lequel ils étaient descendus, à l'aide d'une échelle.

Sur ces renseignements, Suzanne se remit à tourner dans la prison, étudiant avec soin les murailles pour y découvrir une sortie et cherchant l'échelle. Rien! rien!

Et la bougie continuait à s'user!

Une seule ouverture s'offrait pour s'enfuir de ce sépulcre de pierre où il allaient mourir de faim. C'était cette dalle à pivots qui se voyait à la voûte, cette dalle qui avait tourné sous son poids. Mais, pas d'échelle! Comment y atteindre?

Une idée traversa le cerveau de la courtisane qui revint à Croutot en disant d'une voix brève, car les instants leurs étaient comptés:

—Écoute. Je vais te délier. Tu es assez vigoureux pour pouvoir porter mon poids. Tu iras te placer sous cette dalle et, grimpée sur tes épaules, je tâcherai d'arriver à la bascule que je ferai jouer. Fasse la chance que je puisse l'atteindre de mes mains, car, à la force des poignets, je réponds de pouvoir me soulever jusqu'aux bords de la trappe. Alors, en nous aidant des cordes dont je vais te délivrer, je te hisserai de là-haut, hors de notre cachot. Est-ce convenu et bien compris?

—Oui, dit le nain palpitant de joie.