Tout à l'heure elle était là-haut, attendant avec Taugencel le retour de
Cardeuc, parti après l'alarme que lui avait donnée Court-Talon.

Soudain, avait retenti la voix, effrayante et effrayée, du Marcassin qui, comme si le temps ne lui permettait pas de revenir jusqu'à eux, leur criait de l'extrémité du couloir:

—Vite! vite! accourez!

L'intonation commandait une telle hâte que l'ex-notaire s'élança à toutes jambes, sans s'occuper de la courtisane qu'il supposait courant derrière lui et à laquelle il laissait la tâche d'emporter la lanterne qui les avait éclairés pendant le long récit.

Cette lanterne, Suzanne l'avait prise. Tout en comprenant le péril d'un retard, elle avait pourtant laissé Taugencel prendre l'avance. Pour une minute au plus que cela lui coûterait, pouvait-elle se priver de savoir ce qu'était devenue Gervaise, sa rivale, qu'elle avait abandonnée mourante là, tout à côté, dans le caveau le plus voisin, ce même caveau où elle avait oublié le coffret des diamants de la vraie comtesse de Méralec, qu'elle avait volé en vue de se garder une poire pour la soif. Or, les événements l'annonçaient, l'heure de la soif allait sonner où elle serait heureuse d'avoir cette poire.

En trois bonds, sa lanterne en main, Suzanne avait pénétré dans le caveau, cherchant d'abord sa victime.

Gervaise avait disparu!

L'instant n'était pas pour la courtisane à s'abîmer en réflexions à ce sujet. Mieux était de renvoyer à plus tard, de s'expliquer le fait pour ne penser qu'au second motif qui l'avait attirée dans le caveau, c'est-à-dire au coffret de diamants.

La lueur de la lanterne le lui montra à trois pas, sur le dallage du sol, là où elle l'avait oublié.

Frémissante de joie, elle s'élança vers lui et tendit la main pour le saisir. C'était alors que soudain, le sol s'était effondré sous ses pas et qu'elle s'était sentie précipitée dans le vide.