—Nullement. Sauf que je sais qu'il porte au sourcil gauche la cicatrice d'un coup de sabre, pour l'avoir entendu dire par mon oncle, gendarme sous ses ordres et qui ne le quitte jamais. Il doit être un des deux hommes dont parle la dépêche.
—Et comment puis-je, selon toi, retrouver le lieutenant?
—En retrouvant d'abord mon oncle, avança naïvement mon brosseur qui, à l'appui de son moyen, ajouta ce renseignement: Oh! mon oncle est bien facile à retrouver, allez! Il parle un français à faire mugir de jalousie une vache espagnole. Lui s'appelle Fichet et son sabre Bec-Fin.
Ce nom de Fichet je l'avais entendu le matin, quand je m'étais présenté pour offrir mes respects à la prétendue comtesse de Méralec, qui m'avait été annoncée comme dormant encore par celui qui me barrait le passage en me disant:
—Que, vrai comme je m'appelle Fichet, je vous récidive qu'elle n'est pas apercevable à cette heure qu'elle s'avachit dans le sommeil.
J'avais retrouvé mon Fichet, donc j'avais aussi mon lieutenant, car le souvenir me revint de cette cicatrice que j'avais remarquée au front de l'un des compagnons de Meuzelin.
Le général s'interrompit brusquement:
—Ah! je crois que voici mes bandits qui se décident, dit-il en regardant la serre.
La porte, en effet, venait de s'ouvrir, laissant s'échapper plus épais les flocons de fumée. Mais nul n'apparut. Pour pouvoir résister, il fallait que les réfugiés de la serre eussent été bien persuadés par le Marcassin qu'un piège les attendait dehors.
—Ils tiennent à ce que je vous unisse d'abord mon récit, reprit le général, soit! Par les révélations de Sans-Pouce, j'avais appris que Coupe-et-Tranche, après avoir feint d'abandonner à la bande du Beau-François le pillage de la Brivière que j'avais dégarnie de sa garnison, avait à la hâte réuni ses bandits pour surprendre et détruire, avant mon retour avec mes hussards, la troupe du rival qui lui faisait concurrence. Sur ce renseignement, ce ne fut pas avec deux escadrons de cavalerie que je revins d'Ingrande mais avec le plus gros de mes troupes, divisées en trois corps qui, par trois routes différentes, firent une telle diligence que nous étions déjà postés ici avant l'arrivée des deux bandes ennemies.