—Oui, c'est de bien simple manière que j'ai découvert la vérité. C'est le pur hasard qui m'a tout révélé. Écoutez-moi ça: Après avoir renvoyé mes hussards à Ingrande, j'étais allé à franc étrier pour les ramener, afin de protéger en son château cette margot que je prenais bêtement pour une comtesse.
Labor s'arrêta pour pousser un rire amer.
—M'a-t-elle bien roulé, la bougresse! confessa-t-il.
Après quoi il reprit:
—En arrivant à Ingrande, on m'amena un gars portant le sobriquet de Sans-Pouce, qui venait d'être arrêté à la suite d'un coup de couteau administré à un amant de sa femme. Il faut croire que le coeur de l'épouse penchait pour l'amant, car, au lieu de défendre son mari, elle se mit à tant déblatérer sur son compte qu'il me fut évident que ce Sans-Pouce était un de ces insaisissables brigands que je poursuivais. J'ordonnai de le fusiller. Mais au pied du mur, le coeur manqua au vaurien qui marchanda sa vie contre des révélations. Il l'estimait chère, sa vie, car il me fit bonne mesure.
Ce qu'était Cardeuc? Comment ma satanée enjôleuse avait pris le rôle de la vraie comtesse de Méralec assassinée? Quelles couleurs elle m'avait fait avaler pour me faire fusiller un certain faux comte de Méralec, venu comme un chien dans des quilles, lequel n'était autre que le fameux Meuzelin qui, avant de se faire connaître à moi, avait voulu d'abord réunir tous les fils qu'il me mettrait en main?… le Sans-Pouce m'a tout avoué, et à bon escient puisqu'il était un des lieutenants du Marcassin.
Un bonheur n'arrive jamais seul. Depuis un grand mois, on m'avait annoncé votre arrivée et celle du lieutenant Vasseur, l'homme qui avait purgé la Beauce et le Gâtinais de ses Chauffeurs. Vous, je savais maintenant où vous retrouver; mais du lieutenant, pas d'indice. «Il était parti de Chartres pour une expédition secrète avec deux de ses soldats,» m'annonçait la dernière dépêche reçue de cette ville.
Cette dépêche, je l'avais laissée traîner sur une table de mon logis où, tout naturellement, mon soldat d'ordonnance l'avait lue. Sachant d'avance que le service rendu lui ferait pardonner son indiscrétion, ce matin, après l'interrogatoire du Sans-Pouce, que j'avais écouté assis devant la table où se trouvait la dépêche sur le lieutenant, voici mon brosseur qui me demande, en montrant l'écrit:
—Mon général veut retrouver le lieutenant Vasseur?
—Tu le connais donc?