Jouissant de son triomphe, le policier la tint un moment palpitante sous son regard menaçant. Il s'ensuivit un silence. Et pendant ce silence, contraste étrange avec la scène terrible qui se passait, on entendit, bien faible, le bruit d'un baiser dans la pièce voisine.
Meuzelin reprit:
—Ton rôle t'avait été tracé par Coupe-et-Tranche. Asservissant sous ta beauté fatale Labor, que tu aurais laissé languir après tes faveurs, tu te serais faite l'espionne des mécréants qui, avertis par toi de tous les projets du général, auraient échappé à la destruction qui les menace. Est-ce bien là le rôle que tu avais à remplir?
La femme, encore incapable de parler, inclina affirmativement la tête.
—Écoute donc, continua le policier. Labor, quand il a la visière nette de tout jupon, est un bon et habile soldat; il en aura vite fini avec tous les brigands qui infestent le pays… surtout si tu lui facilites la tâche par des avis mensongers que tu feras parvenir à Coupe-et-Tranche.
La fausse comtesse parut hésiter.
Pour la décider, Meuzelin continua:
—Abandonne Coupe-et-Tranche, ma fille, c'est un bon conseil que je te donne, car il est perdu. Sans toi, si tu refuses de nous aider, le général, qui ne t'aura plus à ses côtés pour le trahir, en viendra tout de même à bout. Ce ne sera qu'une affaire de temps… C'est ce temps que tu peux abréger en nous servant. On réussira sans toi. On réussira plus vite avec toi, voilà la seule différence. C'est ce temps économisé qui sauvera ta tête.
Et Meuzelin, après une petite pause pour laisser la femme se décider, répéta:
—Crois-moi, abandonne Coupe-et-Tranche, car il est perdu.