—Tiens-tu bien à le savoir? insista-t-il. Tu sais, il y a quelquefois des noms qui portent sur les nerfs, débita le policier d'un ton tout amicalement craintif.

Sans comprendre qu'il s'amusait avec elle comme le chat joue avec la souris avant de lui faire sentir les dents, la femme prit cette hésitation feinte pour une reculade et éclata d'un rire de bravade insolente.

—Eh bien, ma fille, je me nomme Meuzelin, déclara l'agent.

Puis, sans lui laisser le temps de prononcer un seul mot, il continua:

—Oui, oui, je sais ce que tu vas dire. Pour toi, Meuzelin est ce grand maigriot qui était ici tout à l'heure. Grosse erreur de ta part, ma belle. Il est Meuzelin comme tu es comtesse de Méralec. C'est un joyeux gars qui, avec ma permission, a joué le rôle que je lui avais commandé pour pouvoir m'introduire en ce château… Mais le vrai Meuzelin, c'est moi.

Alors se dressant de sa hauteur, il lui posa sa main sur la tête en disant d'une voix dure:

—Le Meuzelin qui te fera couper le cou. Entends-tu bien, la gueuse, toi la complice de Coupe-et-Tranche, toi qui a pris la place de celle qu'on a assassinée?

À ces paroles et, surtout, au contact de cette main qui lui pesait sur la tête comme pour lui faire comprendre que, bientôt, elle serait remplacée par celle du bourreau, un immense frissonnement secoua la femme qui ne douta plus.

—Oui, continua le policier, je te tiens sous ma griffe qui ne te lâchera plus qu'au pied de l'échafaud, si tu refuses de faire ce que je vais te commander.

La terreur étranglait trop la misérable, pour qu'elle pût parler; mais, aux derniers mots de l'agent qui lui offraient une espérance de pouvoir échapper à la guillotine, son oeil s'attacha sur Meuzelin, semblant demander ce qu'il exigeait d'elle.