—Va-t'en, fille de guillotiné!!!
III
Meuzelin avait deviné juste quand, après avoir visité la lingerie, il y avait fait entrer Vasseur en lui disant que certaine petite table à ouvrage annonçait qu'il lui serait bientôt fait une gentille visite.
Tout d'abord, Vasseur, seul dans la lingerie où il était mis de planton, avait pensé à cette femme évanouie qu'il venait de voir et que, en proie à une émotion violente, il avait révélé à Meuzelin avoir connue jadis.
Il fallait que cette évocation de son passé, où cette créature avait joué un rôle, lui rappelât des souvenirs bien pénibles, car il était tombé en une sombre rêverie.
Un petit cri, bien doux, bien timide, l'arracha subitement à sa méditation. Ce cri avait été poussé par Gervaise qui, plus rouge qu'une pivoine et n'osant avancer ni reculer, lui apparaissait sur le seuil de la lingerie, ouvrant sur un escalier de service.
Elle avait bien raison d'être grandement émue, la gracieuse enfant qui, de façon si inattendue, se trouvait tout à coup en présence de celui dont la pensée faisait battre doucement son coeur.
Gervaise avait obtenu, dans un coin du parc, un petit carré de terrain où elle avait planté des fleurs. C'était son petit jardin à elle et dont, seule, elle avait prétendu prendre soin. Le matin, alors que sa maîtresse dormait encore, et le soir, après le dîner, elle venait soigner son jardinet. Après l'une et l'autre de ces visites, elle montait à la lingerie pour y attendre, suivant l'heure, que la comtesse l'appelât ou pour l'aider à sortir du lit ou pour assister à son coucher.
Le parterre de Gervaise était fort éloigné du château. La jeune fille en revenait donc sans avoir nulle connaissance des événements qui s'étaient produits à la Brivière pendant qu'elle arrosait ses fleurs à l'autre bout du parc. Suivant son habitude, elle avait, par l'escalier de service, gagné la lingerie.
Et voilà qu'elle se trouvait en présence de celui qu'elle aimait! Il y avait vraiment motif, on le voit, à pousser ce petit cri d'effarouchement qui avait tiré le lieutenant de sa préoccupation lugubre.