Soudain il s'arrêta.

Son oreille, exercée au plus minime bruit par cette guerre de ruse et d'ambuscade qu'il menait depuis des années, avait pris l'éveil à un certain craquement de branche morte qu'il croyait avoir entendu derrière lui.

—Est-ce qu'on me suit? se demanda-t-il.

Aussitôt, plaqué au tronc d'un gros arbre, immobile comme une statue, il se tint aux écoutes. Il avait dû se tromper, car le bruit qui l'avait inquiété ne se répéta pas. Tout en écoutant ainsi sans bouger, sa pensée n'en agissait pas moins.

—Qu'est devenue Suzanne? Est-elle compromise dans ce qui est arrivé au château? se demandait-il.

Puis, en se rassurant:

—Une fine mouche qui en remontrerait au diable. Elle aura su s'en tirer, ajouta-t-il.

Mais si grande que fût sa confiance en l'habileté de Suzanne, il finit par se sentir pris d'une anxiété curieuse.

—Il me faut savoir ce qui s'est passé au château, pensa-t-il.

Rassuré, par le profond silence, contre la présence d'un ennemi le surveillant, Cardeuc quitta son affût et reprit sa marche. Cent pas plus loin, il s'arrêta devant un petit massif de rochers, comme il s'en trouvait de semblables en de nombreux points du bois. Avec sa force herculéenne, le métayer déplaça un des rochers de la base du massif, et, devant lui, s'ouvrit l'entrée d'un trou, en étroit boyau, qui s'enfonça en terre.