La Brivière, vieille construction féodale qui datait de plusieurs siècles, était bâtie sur le modèle de tous les châteaux du moyen âge qui, par de longs souterrains, avaient des issues secrètes, quelquefois bien loin dans la campagne, par où, en cas de siège, se ravitaillaient ou s'enfuyaient les assiégés.

Avant de s'engager dans l'ouverture où il allait pénétrer en rampant, Coupe-et-Tranche écouta encore. Il était bien seul et pouvait se risquer dans ce passage que les Cardeuc, vieux serviteurs du château, avaient, de tout temps, été toujours les seuls du pays à connaître.

Il se coucha donc à terre et, les bras en avant, il se glissa dans ce boyau, dont l'étroitesse allait enserrer son torse énorme.

Cardeuc n'était encore entré qu'à mi-corps quand, tout à coup, il se sentit saisi aux jambes. Malgré sa vigueur extraordinaire, pris qu'il était dans le trou, la résistance lui était impossible. Immédiatement, ses jambes furent garrottées aux pieds et aux genoux, puis on le tira en arrière et, incapable de se relever pour tenter la lutte, en une seconde, il eut les bras liés.

Quatre hommes étaient devant lui. L'obscurité l'empêchait de les reconnaître, mais la voix de l'un d'eux lui apprit à qui il avait affaire.

—Eh! eh! Marcassin, ricanait la voix, je prends ma revanche du jour où tu m'as jeté dans la cave de l'auberge de la Biche-Blanche.

C'était le Beau-François.

Cardeuc se sentait aux mains d'un ennemi implacable, qui allait lui faire payer cher l'affront qu'il rappelait; il attendit sans mot dire.

Cependant le Beau-François s'était adressé à ses trois hommes:

—Avec mon cher ami le Marcassin, dit-il, le luxe de précautions n'est pas inutile. Si bien ficelé qu'il soit, vous allez encore l'attacher par la ceinture à un arbre, puis vous vous éloignerez pour nous laisser faire la causette.