Étendant les mains, elle saisit le cou de Gervaise entre ses doigts pour l'étrangler.
Mais sa haine ne pouvait se contenter d'une aussi prompte vengeance.
—Non, dit-elle, non, tu ne souffrirais pas assez. Je veux que ta mort soit lente, terrible, désespérée.
Quand Cardeuc avait donné à Suzanne son rôle de comtesse de Méralec, en même temps qu'il lui avait fourni tout un cahier de notes et de renseignements sur les personnes qui devaient entrer dans sa vie, il s'était dit qu'en cas d'insuccès, il fallait aussi penser à la fuite. En conséquence, il lui avait remis un plan détaillé de la partie souterraine du château, avec ses entrées et ses sorties. Suzanne, ce plan en main, était venue, pendant deux nuits, en vérifier l'exactitude. Elle connaissait donc bien à fond tous les détours de ces galeries sur lesquelles s'ouvraient une série de caveaux qui, jadis, avaient servi, ou de prisons aux victimes des sires de Méralec, ou de dépôts pour des provisions de toutes sortes, en vue d'un siège.
Suzanne souleva Gervaise dans ses bras et n'eut que quelques pas à faire pour trouver un de ces caveaux, dans lequel elle coucha la jeune fille à terre.
—Maintenant, tu peux penser tout à l'aise à ton Vasseur, cela te tiendra lieu de repas, dit-elle avec un ricanement sinistre.
Elle refermait la porte qu'allait assujettir un énorme verrou, quand Gervaise ouvrit les yeux. La lumière de la lanterne lui permit, par la porte encore entre-bâillée, de reconnaître celle qui l'abandonnait:
—La comtesse, murmura-t-elle.
Pour elle, qui ignorait les événements survenus, Suzanne était toujours madame de Méralec; mais elle était aussi la femme furieuse qui, devant Vasseur, lui avait lancé l'insulte de fille de guillotiné.
En retrouvant Suzanne devant elle, alors qu'elle revenait à la vie, Gervaise fut saisie d'une telle horreur qu'elle reperdit aussitôt connaissance.