—Attendez la fin, mon ami. Au plus acharné de mes ennemis, je ne souhaiterais pas une bonne fortune de ce genre-là!

Derrière la porte qui le cachait, le Beau-François s'était tout doucement assis sur la dernière marche de l'escalier. Au fond, il se souciait peu de l'histoire et n'avait qu'un but:

—Quand ces deux bavards auront fini, il est probable qu'ils quitteront la chambre. Alors je tenterai de sortir par cette porte, se promettait-il.

Vasseur avait continué:

—Quand nous arrivâmes dans le premier salon, la foule était énorme. On piétinait sur place. Malgré cette presque impossibilité d'avancer, il me sembla que ma compagne m'entraînait dans un sens déterminé. Enfin, elle s'arrêta. Le hasard nous avait amenés derrière un jeune homme de vingt-cinq à Vingt-huit ans qui, appuyé contre le chambranle d'une porte, regardait dans l'autre salon.

Alors je m'aperçus que, de la personne de cette femme, se dégageait une senteur d'eau de Hongrie, le parfum à la mode, que la chaleur de la salle rendait plus subtil. L'odorat du jeune homme en fut sans doute frappé, car, comme s'il eût compris qu'une femme était derrière lui, il se retourna vivement pour lui céder le passage.

À la vue de ma compagne, dont l'absence de dentelle au bas du masque laissait à découvert la partie inférieure du visage, il me sembla lire sur les traits du jeune homme une brusque surprise, mêlée pourtant d'hésitation, comme si un doute combattait sa certitude de connaître la femme.

Ma compagne me sembla ne faire aucune attention au jeune homme. Elle appuya sa petite main sur mon bras en me disant d'une voix qui, à mon grand étonnement, se fit caressante au possible:

—Retournons sur nos pas, veux-tu, cher ami?

Nous nous dégageâmes de la foule sans qu'elle eût remarqué le jeune homme qu'il m'avait semblé voir, au son de la voix de la femme, tressaillir soudainement.