Nous allions sortir du salon quand une mauvaise curiosité me fit tourner la tête. À son tour, le jeune homme s'était tiré de la foule et, fixé sur place, pâle comme un mort, il nous regardait nous éloigner. Alors je crus avoir conscience du rôle que j'avais joué. J'avais servi à une vengeance féminine. Amant de paille, on m'avait offert à la jalousie d'un amant véritable.
Cependant nous étions revenus dans le vestibule où mon inconnue me demanda:
—Es-tu joueur?
Au lieu de répondre, je protestai encore.
—Je ne te connais pas, dis-je.
—En tout cas, je suis bonne à connaître. Tiens! regarde, répliqua-t-elle.
Ce disant, elle avait porté la main à son masque qu'elle arracha pour me montrer son visage. Je demeurai émerveillé de sa beauté splendide. Mais je n'en avais pas moins raison. Cette superbe créature m'étais complètement inconnue. Elle comprit, que j'allais encore me récuser. Tout en rattachant son masque, elle reprit railleusement:
—Est-ce que, pour se connaître, il est nécessaire, à Frascati, d'avoir été présenté par les grands-parents?
Elle disait vrai. N'étais-je pas à Frascati, ce lieu des amours faciles où la morale n'avait rien à voir, le temple où se nouaient les liaisons d'un jour? J'étais donc ridicule à vouloir faire mon Joseph. J'avais vingt six ans et une jolie femme s'offrait à moi pour charmer les quelques jours de mon congé à Paris. J'aurais été cent fois stupide en refusant la charmante aubaine qui m'était offerte.
Donc, tout enthousiasmé par le visage qui m'avait été démasqué, je me hâtai de répondre cette banalité galante: