—Commence par mettre le domino et le masque exigés par le règlement de
Frascati pour tout joueur.

Je me laissai faire, tout heureux que j'étais d'obéir à une si jolie femme. En ce moment, je ne pensais plus du tout au jeune homme que j'avais vu pâlir au son de voix de ma compagne… J'étais pris!

Pendant que j'endossais mon domino, elle avait changé son masque contre un autre dont le bas, garni d'un épais satin noir, non seulement lui couvrait la bouche, mais encore cachait son cou gracieux et blanc.

Elle m'entraîna vers la salle de jeu, qui s'ouvrait à gauche du vestiaire. Au moment d'en franchir le seuil, elle s'arrêta et me glissa une bourse dans la main, en me disant:

—Écoute… Je suis superstitieuse. Pour moi, le jeu est une façon de consulter le destin. J'ai un projet en tête, mais j'hésite. La chance du jeu dictera ma résolution. Tu vas jouer pour moi.

Je faisais, en l'écoutant, fort piteuse mine. Ainsi donc le but de toutes ces prévenances était de me transformer en machine à jouer. Mon amour-propre froissé se rebiffait devant ce rôle. Elle lut ma déconvenue sur mon visage et partit d'un petit rire mélodieux et argentin en ajoutant:

—Je joue à qui perd gagne, répondit-elle.

—S'il en est ainsi, tu peux être assurée d'une décision favorable, car mon inexpérience à tous les jeux me fera perdre jusqu'au dernier écu de ta bourse… C'est bien cela que tu souhaites, n'est-ce pas?

—Tu feras mon bonheur.

—Et moi? demandai-je en la regardant d'un air suppliant.