—Tenez-vous donc bien à vous rencontrer avec le vicomte? Si cela peut vous faire plaisir, lâcha-t-il avec empressement, je serai heureux de me mettre à votre disposition en cette circonstance… moi et un de mes amis que je trouverai.

Il tombait à point pour m'éviter l'embarras de chercher des témoins.

—Accepté! m'écriai-je.

—Venez demain matin chez moi sur les huit heures, tout sera convenu, on n'aura plus qu'à aller sur le pré, me dit le vieux avec un empressement qui prouvait que, dans son bon temps, il avait été un friand de la lame.

Et il me donna sa carte qui, au-dessus de l'adresse, portait ce nom:
«Marquis de Coméran».

Il me tardait d'avoir quitté ce lieu maudit. J'allai au vestiaire rendre domino et masque. Puis, dans ma hâte de fuir, je me dirigeai vers l'escalier. J'allais l'atteindre quand une petite main se posa sur mon bras en même temps qu'une voix mélodieuse me demandait:

—Où vas-tu, bel empressé?

C'était Suzanne que, depuis vingt minutes, j'avais complètement oubliée. Comme moi, elle avait quitté la salle de jeu et, partant, elle n'avait plus ni domino ni masque. Son visage m'apparaissait dans toute sa beauté radieuse et son costume en gaze transparente qui, suivant la mode des merveilleuses, la laissait presque nue, me laissait admirer des formes à faire se damner un saint.

Avec un séduisant sourire, elle reprit:

—Sais-tu, mon cher, que tu es un créancier charmant? Tu ne presses pas tes débiteurs de solder ce qui t'est dû… Moi, je suis de celles qui savent que les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures.