Je m'arrêtai sur place.

Alors d'une voix lente:

—Monsieur, dit-il, sachez que, pour parvenir jusqu'à vous, j'ai trouvé toutes les portes complaisamment ouvertes.

Puis il tendit le doigt vers Suzanne et continua:

—Cette misérable, un vraie monstre, était bien certaine que j'allais venir, et elle a voulu me faciliter l'entrée de son appartement.

Et il tomba à mes pieds en ajoutant:

—Monsieur, à deux genoux, je vous demande pardon de l'insulte que je vous ai faite… Je vous prenais pour un complice quand vous n'étiez qu'une dupe de cette coquine.

J'étais demeuré muet de stupéfaction devant cet homme courbé devant moi et dont la voix m'allait au coeur, bien qu'il accusât Suzanne.

Je me retournai vers cette dernière, que je m'attendais à voir indignée par ces dures et injustes paroles. Bien au contraire, son visage rayonnait de cette joie féroce du sauvage contemplant le cadavre de l'ennemi qu'il vient d'abattre.

Alors s'opéra en moi un changement complet. En une seconde, j'eus conscience de ce qu'était cette créature. J'oubliai sa beauté et un sentiment de dégoût monta à mes lèvres, naguère si avides de baisers.