—Suzanne! Suzanne!
Elle aussi se leva, prête à se soustraire encore, et son premier mouvement fut pour repousser mes mains qui se tendaient vers elle.
Soudainement, elle changea de maintien. Au lieu de résister, elle me saisit les mains, les écarta pour me faire ouvrir les bras, et se jeta sur mon coeur, en murmurant d'une voix qui vibrait de désirs:
—Prends-moi! Je t'appartiens!
Mes bras se refermèrent sur son beau corps qui s'abandonnait, et ma bouche alla chercher ses lèvres pour confondre nos âmes en un baiser.
À ce moment, le bruit de la porte qui s'ouvrait se fit entendre derrière moi. Sans quitter Suzanne que j'avais soulevée de terre, je me retournai.
Au seuil de la chambre à coucher se tenait le vicomte de Biéleuze, plus pâle que jamais, la figure convulsée par un mépris indicible, s'accrochant au chambranle de la porte d'une main raidie comme si la force lui manquait pour se tenir debout.
Moitié par rage de le voir paraître en pareil instant, moitié par fureur de l'insulte qu'il m'avait faite, la tentation terrible me vint de tuer cet homme.
Suzanne avait glissé de mes bras avec la souplesse d'une couleuvre et s'était réfugiée à l'autre extrémité de la chambre.
Je bondis vers M. de Biéleuze. La colère me rendait fou. Et pourtant mon transport tomba brusquement devant le regard tout à la fois suppliant et doux que m'adressa cet homme qui, sans bouger, me voyait arriver à lui.