Placé derrière Polac, le tailleur écoutait avec un sourire béat, en remuant la tête d’un petit mouvement doux et approbateur. Il est probable que si Timoléon s’était retourné, il n’aurait rien retrouvé de cette joie sur la figure du poussah. Elle s’épanouissait parce qu’elle ne se savait pas surveillée. A la moindre alerte, elle eût disparu de la surface de la peau. En même temps que le facies jubilait ainsi, la voix de Bokel se faisait triste pour demander:
—Il est donc mort aussi, ce brave corsaire?
—Je le crois, répondit Polac tout occupé de faire jouer ses bras dans les entournures du vêtement.
—Comment! Vous le croyez! N’en êtes-vous pas certain?
—Depuis 1808, je n’ai plus entendu parler de lui. Rien n’est venu m’apprendre son sort. A coup sûr, sa fin aura été violente. Il aura péri dans un naufrage ou se sera fait tuer dans un combat.
—Ou il sera mort en captivité sur quelque ponton anglais.
—J’en doute; il était gas à faire sauter son navire plutôt que de se rendre.
—Bref, toutes les probabilités vous font croire que le courageux marin n’est plus de ce monde, ajouta Bokel dont la voix était toujours navrée et dont la face souriait toujours aussi derrière Timoléon.
Tout à coup le visage du ventru se contracta. Une expression de terreur remplaça l’hilarité. Une crainte, subite était entrée comme une épine aiguë en plein milieu de sa satisfaction. Aussi, ce coup-là, sa voix, qu’il s’efforçait de maîtriser, était-elle vraiment émue, quand il demanda:
—Dites-moi, monsieur Polac, votre cousin est-il aussi célibataire?