—J’appartiens, reprit-il, au comité de bienfaisance bonapartiste, qui s’est chargé, sous le voile de l’anonyme, de venir en aide à ceux de notre parti qui ont eu à souffrir des injustices du régime actuel... Tenez, voici la somme destinée à M. Dumouchet.

—Je la lui remettrai à son retour, promit le rôtisseur, ébahi par une telle largesse, en prenant le billet qui lui était tendu.

—Non, non, dit vivement Bokel, remettre cet argent à M. Dumouchet ne serait pas répondre aux intentions du comité que je représente... Je me suis mal expliqué. J’aurais dû plutôt dire que c’est à vous-même que je donne ces mille francs.

Rendant muette, d’un signe de main, la surprise du rôtisseur, qui allait s’exclamer, Bokel poursuivit:

—Veuillez m’écouter. Le comité s’occupe de replacer Dumouchet dans une position au moins égale à celle qu’il a perdue. Mais, avant tout, il veut lui assurer, et aux siens comme à lui, le plus précieux de tous les biens. Je veux dire qu’il entend d’abord leur rendre une santé qui a été altérée par les privations de toutes sortes. Il exige donc que la présente somme soit employée uniquement... vous m’entendez? uniquement... employée en nourriture, rien qu’en nourriture. Vous me comprenez?

—Parfaitement. Je suis chargé de les nourrir jusqu’à concurrence de mille francs.

—Et sans détourner un sou, un seul sou du but que s’est proposé le comité.

—Oui, oui, tout en boustifaille... Rien qu’en déjeuners et dîners.

—C’est cela même. Voyons, dites-moi un peu comment vous entendez les nourrir?

—A déjeuner, je leur donnerais un dindon.