—Monsieur, dit-il, j’ai déjà eu l’honneur de vous apprendre que le comité ne marchande jamais ses bienfaits et qu’il a horreur de l’étriqué.
—Quel comité! quel comité! murmura le rôtisseur émerveillé.
Après cette leçon donnée à son homme, Bokel, redescendant de ses grands chevaux, se fit bon prince en ajoutant:
—Eussent-ils trop de viande, pensez-vous que les Dumouchet manqueront d’autres malheureux à nourrir de leurs restes?.. Ils ne sont pas sans connaître, autour d’eux, de nombreux affamés.
—Oh! oui... Entre autres, il vient quelquefois chez eux un grand jeune homme, gras comme le coupant d’un sabre, qui les aiderait d’un rude coup de dent... Oh! celui-là doit avoir un fier appétit! Je gagerais bien qu’il a toute une table d’hôte dans l’estomac! répondit le rôtisseur avec une sorte d’admiration pour celui dont il parlait.
Bien qu’il eût immédiatement deviné qu’il s’agissait de Timoléon, le tailleur parut n’attacher aucune importance à ce détail et reprit d’un ton grave:
—Vous avez bien compris, n’est-ce pas, l’intention du comité? Rendre avant tout la santé à ses protégés. Puis, plus tard, assurer leur bien-être par un emploi.
Et sur le ton d’une confidence:
—Je me suis senti si douloureusement affecté par l’aspect souffreteux de M. Dumouchet que je m’engage, si, dans quinze jours, vos bons soins l’ont fait refleurir, à demander au comité une prime pour vous... Ainsi donc ne vous écartez pas de cette sorte de menu que nous avons dressé ensemble.
—Soyez tranquille. Je vais vous le bourrer qu’il en deviendra bossu.