—Machiavel n’aurait pas inventé mieux! Pendant que ce rôtisseur va gaver à gogo le Dumouchet et lui donner du ventre, moi, je me charge, si la chose est encore possible; de faire maigrir Timoléon... J’en suis pour mes deux billets de mille francs, mais qui ne risque rien n’a rien.
Un quart d’heure après, il reparaissait chez Timoléon Polac; qu’il trouva arpentant sa chambre d’un pas impatient qui rappelait celui des bêtes féroces du Jardin des Plantes quand on tarde trop à leur apporter leur pâture.
—En route! cria-t-il gaiement au jeune homme.
—En route... pour la soupe? dit Timoléon, qui, avant de se mettre en marche, tenait à bien préciser le but de sa sortie.
—Mais oui, mais oui, redit gentiment le tailleur avec une petite risette. En arrivant à la maison, nous allons trouver le couvert mis et Paméla nous attendant.
Après avoir suivi une rue de traverse pour n’avoir pas à repasser devant la boutique du rôtisseur, Bokel prit, avec Timoléon, le chemin de son domicile. Marchant côte à côte, l’un si maigre et si long, l’autre si court et si rond, ils avaient l’air à eux deux d’un bilboquet en voyage. Tant courtes que Polac s’efforçât de faire ses enjambées, elles étaient encore trop grandes pour les petites jambes du tailleur et le contraignaient à un trot de chasse qui l’essoufflait.
Quand on arriva au Pont-Neuf, Bokel poussa un ouf! douloureux et prit racine sur le trottoir. Il fut au moins deux bonnes minutes à retrouver son haleine.
—Etes-vous fatigué, mon cher bienfaiteur? demanda le jeune homme quand il le vit en état de parler.
—J’avoue que je m’assiérais volontiers.
—Voulez-vous que nous entrions dans le café que je vois là-bas, au bout du pont? Nous y ferons d’une pierre deux coups, proposa Timoléon.