—Non c’est ce qui vous trompe, pas beaucoup. Je mange des côtelettes un peu pour dire que j’en mange, mais surtout parce qu’elles font digérer le cornichon qui est trop froid pour Bourreau. La côtelette de porc me remplace le verre de Chartreuse qui précipite la digestion.
Après avoir ainsi expliqué sa façon d’employer la côtelette le bonhomme s’accouda sur la table en disant:
—Maintenant, revenons à notre mariage.
—Ah çà! vous êtes donc bien certain de me marier? s’écria Paul étonné.
—Pourquoi pas? mon jeune ami. Vous avez le grand tort de vous faire un monstre de ce qui n’est que de la bien petite bière. Que demandons-nous pour arriver à ce mariage? Qu’on nous aime. Or, on nous aime, puisque la jeune fille, en nous voyant, fait un petit saut de cabri. Donc, le reste n’est qu’un détail, un très-simple détail, dont il ne faut pas se préoccuper.
—Un détail? Vous regardez comme un simple détail le père et la mère qui se réveillent la nuit pour penser à un gendre qui soit riche!
—Ah! oui, à propos, parlons un peu du père de notre ange. Quel homme est-ce donc, ce cher papa Ange?
—Un ancien vermicellier, qui s’est retiré du commerce avec deux millions et un rhume de cerveau perpétuel.
—Bravo! passons à la mère Ange.
—Une brave femme, nulle comme un lorgnon sans verre et superstitieuse au point de prendre médecine quand on a renversé le sel sur la table.