Un peu abasourdi par cette scène, Polac consentit à rester sur le fauteuil, attendant que la parole sortît enfin de la bouche du tailleur et se disant:
—Qu’est-ce qu’il lui prend? Quelle drôle de maladie! Depuis le commencement je me doutais bien qu’il est devenu fou... Pourvu que je dîne!
—Débarrassez donc le plateau! criait la propriétaire de la balance en poussant Polac dans le dos.
Enfin Bokel parut être maître de son émoi. La salive revenue sur sa langue lui permit de balbutier d’une voix douce:
—Timoléon, je crois que vous sauriez rendre une femme heureuse.
—Je le crois aussi, avoua Polac, moins par fatuité que par condescendance pour l’accès de démence qui, selon lui, se déclarait chez le tailleur.
—... Et qu’un beau-père serait fier de vous, continua Bokel.
Pendant qu’il était en train de flatter la folie de son homme, Polac lui servit bonne mesure.
—Chaque matin, répondit-il, je me lèverais en me demandant: Comment rendre mon beau-père fier de moi? Ce serait ma préoccupation de toutes les heures.
—Débarrassez donc le plateau! criait toujours la vielle de la balance.