—Comment le trouves-tu? demanda-t-il.

—C’est un vrai mât, répondit franchement Paméla.

—Le fait est qu’il est un peu élancé... Une baguette d’osier, je le confesse... mais, tu sais, une baguette, ça n’en plie que plus facilement dans les mains d’une femme adroite.

—Vrai! il est par trop maigre! répéta la jeune fille encore sous la première impression.

—Je te l’ai choisi exprès aussi... svelte. Lis les meilleurs auteurs, mon enfant, et tous te diront que le mariage engraisse les hommes... qu’il les engraisse même énormément.

A l’appui de son dire, Bokel crut devoir joindre une preuve convaincante. Il fit tourner sa grosse personne sous les yeux de Paméla en disant:

—Tiens, moi qui te parle, quand j’ai épousé ta mère, ma taille tenait entre ses dix doigts... Eh bien, tu vois comme le mariage m’a profité!

Puis, cessant son mouvement de toupie:

—Oui reprit-il, le mariage engraisse, c’est un fait acquis... Aussi qu’arrive-t-il? C’est que, bien souvent, une jeune fille à illusions, qui avait épousé un jeune homme bien campé, à formes parfaites, à l’allure étoffée, s’est étonnée, au bout de quelques années de mariage, de voir son mari, tout au plus après la trentaine, s’épaissir, se déformer, s’alourdir par l’embonpoint et, bientôt, ne plus rappeler en rien l’élégant cavalier de la lune de miel... Timoléon obéira donc à la loi commune. Mais, au moins, avec lui, tu as de la marge... il a tant à faire, pour être seulement potelé, que tu es à peu près certaine de conserver un mari de tournure dégagée par-delà la cinquantaine.

A ce plaidoyer sur l’effet du mariage, Bokel, voyant sa fille encore hésitante, ajouta cette péroraison, qui, selon lui, était irrésistiblement concluante: