—Crois-en ton père, ma fillette, oui, le mariage engraisse. Mon état de tailleur me permet d’en parler savamment. Si tu savais le nombre de clients que je fournissais quand ils étaient garçons et que j’ai continué d’habiller après leur mariage... tous, d’anciennes tailles de fée dont, maintenant, il me faut, tous les six mois, élargir les ceintures de culotte.
Après avoir ainsi fait entendre la voix sévère de la raison doublée de l’expérience, Bokel fit vibrer des cordes plus douces.
—Et puis, reprit-il d’une voix câline, vois-tu, ma mignonne, un mari maigre, ça s’entoure plus facilement de soins et de prévenances.
Toute jeune fille, rêvant mariage, s’est créé d’avance l’idéal qui obtiendra le doux oui de son cœur. Timoléon répondait si peu aux espérances secrètes de Paméla que, malgré les flots d’éloquence que venait de dépenser le papa, elle continua de secouer la tête d’une façon qu’il était impossible de prendre pour un consentement.
—Mille boutons! va-t-elle le refuser! se demanda le tailleur alarmé.
Aussi se hâta-t-il de remonter à l’assaut.
—Timoléon Polac, reprit-il, est un garçon de bonne famille, bien élevé, instruit, gai...
—Ah! il est gai? dit Paméla dont le caractère n’engendrait pas la mélancolie.
—Gai au possible! Avec lui la vie ne sera qu’une chanson... Ah! à propos de chanson, il te fera des romances, car il est poëte et musicien.
Nous avons oublié d’annoncer que la fille du tailleur tapotait du piano, cette maladie que des familles cruelles donnent à toutes les demoiselles à marier... ce crime qui en est encore à attendre de notre législation une pénalité sérieuse.