De ce qu’elle taquinait la dent d’hippopotame d’un doigt plus ou moins alerte qui allait tirer des entrailles du piano des borborygmes bruyants, Paméla se croyait musicienne.
Donc, la gaieté et la musique furent les deux premiers atomes crochus qui s’incrustèrent, en faveur de Polac, dans le cœur de Paméla.
Le ciel a voulu que les femmes, même les pianistes, soient toutes vulnérables par la sensibilité. Ce fut sur ce point faible que Bokel, qui, sous sa couche de graisse, cachait une certaine science du beau sexe, porta sa nouvelle attaque.
—Ah! oui, reprit-il, mon jeune homme est d’une gaieté vraiment inaltérable... Tiens, tu l’as vu souriant, n’est-ce pas? Eh bien, croirais-tu... je te le dis en confidence... qu’il n’a pas mangé depuis deux jours?
—Il a donc une maladie qui lui ôte l’appétit? demanda la jeune fille dont la sensibilité s’éveilla.
—Bien au contraire! la maladie dont il souffre donne un violent appétit... car elle s’appelle la misère.
—Ah! le pauvre garçon! s’écria Paméla d’une voix qui attestait une profonde pitié.
Puis, tout aussitôt, sa bonne âme, remuée au possible, lui fit ajouter:
—Si je disais à Gertrude de corser notre dîner d’une forte omelette au lard.
—Non, n’en fais rien, fit vivement le tailleur. Il est pauvre, mais fier. Cette prévenance, dont il s’apercevrait, le froisserait péniblement.