VI
Le lendemain, Bokel, qui était sorti de bonne heure, ne rentra qu’à l’heure du déjeuner. Il trouva les fiancés jouant sur le piano un morceau à quatre mains. A six notes près, Paméla suivait Timoléon. C’était une mélodie à faire hurler un sourd de douleur.
—Mes enfants, je viens de m’occuper de vous, annonça le tailleur. Je ne suis pas de ces parents barbares qui font languir les amoureux. Aussi me suis-je dit qu’il fallait abréger les délais de bans et publications autant que la loi le permet. Je vous annonce donc que dans dix jours vous serez mariés... A moins que vous n’ayez changé d’avis depuis hier.
—Oh! papa, peux-tu dire... s’écria la jeune fille en forme de protestation.
—Dame! mignonne, tu sais le proverbe. La nuit porte conseil, répliqua le tailleur en riant.
Puis, vivement, à Timoléon:
—A propos de nuit, mon cher ami, comment avez-vous passé cette première nuit sous mon toit?
Parler devant Paméla de ses promenades nocturnes, c’eût été, de la part de Polac, mêler trop de réalisme à la poésie de ses amours.
—Je n’ai fait qu’un somme, répondit-il.
—Ah! vraiment! dit Bokel, d’un ton dans lequel un observateur aurait relevé une pointe d’étonnement.