Et il restait là, attendant que Polac eût avalé tout le contenu de sa tasse comme s’il quêtait un compliment... Ce que, du reste, Timoléon ne lui faisait jamais attendre car, non moins invariablement, il répétait aussi:
—Je n’ai jamais bu du café ayant un goût pareil.
Phrase, il faut le dire, à laquelle le jeune homme ajoutait un sens sous-entendu, car, en lui-même, il ne manquait pas de se dire:
—Respectons sa manie de croire qu’il fait de bon café... mais, sacrebleu! quelle drogue!... Il est rudement vrai que je n’en ai jamais bu ayant un tel goût.
Si grand amateur de piano agacé par quatre mains que fût devenu Bokel, il faut reconnaître qu’il n’était pas de ces fanatiques qui abusent des exécutants. Une fois le morceau, pendant lequel il préparait son café, terminé, il tenait Timoléon et sa fille quittes de tout nouveau vacarme et, engourdi par la torpeur d’une douce digestion, il laissait les jeunes gens à leur bavardage amoureux.
Donc, ces dix jours, qui précédèrent le mariage, s’écoulèrent dans un calme uniforme. Nous ne trouvons à y glaner qu’une seule conversation, tenue l’avant-veille du mariage, qui n’était pas la répétition de ce qu’on avait dit et archi-répété depuis une semaine.
Entre la poire et le fromage du dîner, à propos de nous ne savons plus quoi, Paméla s’écria d’un petit ton résolu:
—Tu sais, papa, que je veux faire un voyage de noces!
Bokel, depuis huit jours, attendait-il cette phrase? Nous ne saurions le dire. Mais le fait est qu’il s’empressa de répondre avec une satisfaction visible:
—Mais telle a été toujours mon intention, ma chérie. Nous le ferons ce voyage de noces, sois-en certaine. J’ai déjà donné mes ordres au chef coupeur pour qu’il me remplace pendant mon absence.