Le projet de voyage avait souri à Timoléon. En entendant Bokel parler de venir en tiers dans ce chemin des amoureux où, dit un refrain, on n’est bien qu’à deux, il ne put retenir une légère moue qui échappa au tailleur, car, sans se douter qu’il était de trop dans ce futur déplacement, il reprit d’un ton bonhomme.
—Voyons, où irions-nous bien, fillette? Que dirais-tu d’une semaine passée à Fontainebleau?
—Non, fit Paméla d’un signe de tête.
—Ou à Montmorency?
Mademoiselle Bokel répéta son mouvement négatif.
—As-tu une idée, ma belle? Alors dis-la-moi, reprit le papa.
—Je veux voir la mer, déclara la jeune fille.
A cette époque, temps des coches et des coucous, le rêve de tous les Parisiens était de voir la mer au Havre ou de visiter la Suisse. Les commerçants trimaient pendant trente années avec cette espérance qu’un jour leur fortune acquise les mettrait à même d’aller voir la mer au Havre ou le lever du soleil sur le Righi. Un Parisien qui avait vu la mer ou le mont Blanc obtenait dans son quartier cette considération que les mahométans accordent à ceux de leurs coreligionnaires qui ont fait le pèlerinage de la Mecque.
Au désir exprimé par sa fille, une lueur de joie, qui n’eut que la durée de l’éclair, avait brillé dans l’œil de Bokel. On eût dit que le gras bonhomme attendait cette phrase.
—Oui, je veux voir la mer, répéta la jeune fille... Et vous, Timoléon?